Forme 42 – 42

« Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »
Gérard de Nerval, El Desdichado.

« Les êtres humains ne sont pas pleinement conscients de leur vie réelle… agissent le plus souvent en tâtonnant ; leurs actes les suivent, les entraînent, les débordent par leurs conséquences ; à chaque moment les groupes et les individus se trouvent devant des résultats qu’ils n’avaient pas voulu. »
Guy Debord, Le Passage.

“Your focus determines your reality.” – Qui-Gon Jinn.

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Une réflexion sur « Forme 42 – 42 »

  1. Une forêt humaine avec cœur et poumons, et qui enchante et hante !

    Pour la F42, avec une installation vidéo, l’amateur d’art (ou le « touriste de la culture » de Jean-François Bory) se retrouverait dans l’écran, capturé, à proprement parler manœuvré. Mais alors on perdrait la densité de cet espace dextre qui de toutes les façons agit, « éteint », en négatif et tend, surtout, une manière de « drapeau » (ici un écran de téléviseur). Cette surface « éteinte » n’est pas un manque d’élaboration d’une texture lisse et réfléchissante : une prise de position, un scintillement intériorisé. (En bas, l’objet casuel – le bois flotté – n’est pas un boudin de porte, et le seuil à franchir n’est pas nécessairement l’occasion de se gaudir.) Donc ce n’est pas seulement un amateur qui est visé, mais plusieurs, en groupe : idéalement pour une praxis, a été abolie la distance ; ainsi l’objectif est donc gâché. En retournant le sens de la télé, on reste ici et là ; sinon les mains, les yeux dans le bon sens. On n’est pas dedans et dehors à la fois. Une fois débrayé d’un simulacre d’activité, il est temps de (se) mettre en œuvre. Animer cet espace au moyen d’un leurre de captation du public eut alors en effet aussitôt eu pour conséquence d’affaiblir la partie gauche où sont éviscérées, comme dénoyautées, les entrailles électroniques du téléviseur éteint, précisément en état de dissection avancée, qui est de l’humain ; ou du moins, autant que l’est le châssis dont la partie encadrante est désœuvrée, l’une de ses dimensions.
    En revanche, ici comme ailleurs morcelé car tronçonné, le bois flotté a été mis en forme en tant que délaissé : le vent, le fleuve, l’océan, le sable, après la croissance végétale, sont les seuls actants. Ce qui vient là, c’est du végétal en effet, autrement dit quelque chose qui croît, donc du vivant dans son état originel. Mais ici on attend quand même un printemps, n’est-ce pas ? Alors le cycle de la vie reprend. On n’attend quand même pas la même chose d’un composant informatique ! Ainsi cette phrase pour l’un d’entre eux, qui entrera dans un second cycle d’Apomorphies, à venir : « Imprimante religieuse – DANGER – Lexmark Prestige et fleur PRO 805. » Qu’est-ce à dire, sinon qu’on peut se faire bouffer la tête au moment de l’accouplement, id est de l’humain hybridé sans recul à sa technique ? Une mise en question, critique, en passe-t-elle par là ? On ne dit pas. Les Apomorphies, « on va vers » ; c’est un état défectueux : avant de les surplomber, il faut les défragmenter ; le pas de côté, le recul est envisageable et d’actualité. Et même si cela ne va pas de soi, qu’il faut se bouger la viande sous les épaules pour les appréhender, de près c’est toujours possible, inscrit dans le dispositif. L’autre partie, les Sylves, « ça vous arrive dessus ». Mais on peut s’emparer de l’outil.
    C’est le côté « bâbord », rouge et actif, qui redonne un sens à la croissance végétale : il y a là de l’appel au passage à l’acte. À une certaine mise en œuvre : pas de recul envisageable et peu probable le pas de côté. On est pris, interpellé, emporté dans un mouvement au corps – cela met en œuvre l’affect et la volonté. Les Sylves, c’est hic et nunc que l’on en prend possession, dans le sens de l’unicité du geste et de son usage a contrario des Apomorphies. Ces dernières non. Elles sont comme l’envers d’une praxis, et l’on peut donc, devant la forme cristallisée, se retraire et penser. C’est assez dire que l’on peut tenter de contrôler les moments du processus avant sa fixation. À proprement parler, c’est une poïèsis, un assemblage autant qu’une opération concrétisée de l’esprit. On est dans le moi, l’intellect est sollicité ; l’œil regarde, il ne voit pas nécessairement mais avec lui la réflexion opère, agit. Le côté lumineux de l’être peut s’en saisir, manipuler mentalement et à loisir, prendre ou laisser. Mais il y a quand même le végétal collecté et la possibilité d’une croissance non entièrement contrôlée : une germination quasi onirique est placée là. Ça peut renvoyer à l’autre partie de l’œuvre, aux Sylves où l’opérateur est ténébreux. L’éloquence alors s’ombrage et de là-haut descend, s’active un pas de côté qui désormais se retourne sur soi. Le Collant est en marche, il s’électrise hors des neurones de la tête et hop ! le recul est un pas en avant. On y va par l’axe des insertions foliaires de la germination onirique, mais pas directement, plutôt pas à pas dans une circulation réflexive sur cet escalier d’ombres. On peut, si l’on veut, songer à la descente aux enfers d’Orphée.
    C’est en effet un pas en dedans, enraciné dans le sang ; pas dans la clarté du réseau nerveux de la salle blanche et de ses composants, et certainement moins apaisé par ses grilles de lecture. Ainsi en va-t-il de l’arbre humain et de la forêt en marche.

     

     

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